Cet article fait suite à la tenue d’une conférence baptisée “comment le Lean contribue à améliorer la santé” où les consultants ont souligné à plusieurs reprises leurs actions en terme d’ergonomie.
De ce que j’en ai vu sur le terrain (il y a toujours des écarts entre la théorie et la pratique), le lean recouvre des principes d’amélioration continue visant à supprimer le gaspillage et intégrant la participation des salariés.
Dans l’industrie, au niveau de la tâche ou du poste de travail, le lean apporte effectivement des améliorations qui peuvent être proches de celles que préconiserait un ergonome : mise à hauteur des éléments manutentionnés, réduction des déplacements,…
Par contre, au niveau de la charge globale de travail, le lean cherche drastiquement à réduire les temps non productifs des salariés et à exploiter les temps gagnés pour faire des gains de productivité. Ce qui provoque la plupart du temps une intensification du travail (dans le meilleur des cas, l’énergie dépensée pour faire des actions à faible valeur ajoutée est utilisée pour réaliser des tâches de production).
Autrement dit, le lean “s’assoit” sur le modèle de l’Homme (incluant ses limites et son fonctionnement), si chère à l’ergonomie.
De mon point de vue lean ne fait pas de l’ergonomie : il la pille (il prend ce qui l’intéresse pour faire exclusivement des gains de productivités… la où l’ergonomie cherche à faire des compromis entre santé et productivité).
Par ailleurs, avec le développement des logiques gestionnaires, on voit de plus en plus souvent des chantiers d’amélioration continue qui ont comme point d’entrée des objectifs de productivité à atteindre (ex : 6 %).
Comme les améliorations trouvées ne compensent jamais tout à fait les gains de productivité, l’ intensification du travail est encore plus importante..
Il ne faut donc pas être dupe : le lean (comme d’autres méthodes du même type d’ailleurs ), si il présente très bien au premier abord (participation des salariés, amélioration continue,..) est une formidable machine à rationaliser le travail, à l’intensifier et à dégrader la santé des opérateurs.
Il suffit d’analyser les indicateurs de santé des grands industriels friands de cette méthode pour s’en convaincre.
Pour ma part, j’ai eu l’occasion au cours d’une expertise de mesurer les dégâts humain de la mise en place du lean dans le tertiaire… et d’entendre le réquisitoire d’un ancien salarié industriel contre cette ergonomie qui n’a pour objet que de leur donner davantage de travail…