Cet article vise à définir la charge physique de travail, à comprendre ses impacts sur la santé et à présenter quelques méthodes d’évaluation.
La charge de travail prescrite correspond à ce qui est demandé aux opérateurs par l’organisation. Elle se définit quantitativement (exemple : traiter 25 pièces par heure) et/ou qualitativement (ex : s’assurer que les pièces traitées ne comportent pas de défaut).
La charge de travail réelle correspond à la charge qui est réellement gérée par les opérateurs dans leur situation réelle de travail. Elle renvoie à l’investissement physique,
cognitif, sensoriel nécessaire pour accomplir leurs tâches, ainsi qu’à ses déterminants, qu’ils
soient techniques, sociaux ou organisationnels.
Nous distinguons donc à ce niveau 3 types de charge de travail réelle : la charge de travail physique (dont nous parlerons dans cette article), la charge de travail mentale (ou cognitive) et la charge de travail psychique. Ces trois niveaux renvoient aux différentes dimensions du fonctionnement de l’homme au travail : physiologique, cognitive et psycho-sociale.
La charge subjective ou vécue s’intéresse à l’évaluation subjective de la charge de travail par les opérateurs. Elle est le fruit d’une interaction complexe entre les charges de travail réelle et prescrite, les marges de manœuvre disponibles, la reconnaissance
professionnelle, les modes de rémunération, le soutien social,…
Concrètement, elle est déterminée par les contraintes situées :
- Au niveau de la tâche :
- Les postures à adopter (debout, assis, légèrement penchée, accroupi,…) ;
- Les efforts à fournir (exemple : pousser un fenwic) ;
- Les manutentions à effectuer ;
- Les manipulations ;
- Les sollicitations des membres supérieurs ;
- Les déplacements à effectuer (ex : montée descente pour un cariste).
- Au niveau des conditions de réalisation de la tâche. Nous citerons notamment :
- Les horaires de travail (les horaires de nuit augmentent par exemple la fatigue et rendent plus pénible les activités physiques) ;
- Les ambiances thermiques chaudes (qui augmentent le rythme cardiaque, engendrant une fatigue plus importante pour les activités physiques)
- Les temps de récupération disponibles ;
Toute activité humaine génère chez l’individu une dépense énergétique. Celle-ci est appelée métabolisme de travail et a pour unité le watt.
Plus l’effort à fournir dans le cadre d’un travail sera important, plus le métabolisme de travail sera élevé.
L’approche de la pénibilité du travail par le niveau métabolique est parfaitement adaptée à des postes de travail dits lourds, c’est à dire générant une forte élévation du niveau métabolique.
Cependant le niveau métabolique de travail ne représente qu’une partie des risques et de la pénibilité, liés à la charge de travail. En effet, un poste de travail peut être léger sur le plan métabolique tout en générant des TMS, par exemple parce qu’il y a une forte sollicitation des membres supérieurs.
Ce point est d’autant plus important qu’avec l’évolution du travail, les postes dits lourds tendent à disparaître alors les postes dont la pénibilité est liée à la répétivité tendent à croître.
La charge de travail doit donc également s’apprécier localement, c’est-à-dire en se focalisant sur une (ou plusieurs) contraintes particulières.
Concrètement, la charge de travail locale peut être appréhendée du point de vue :
- De la sollicitation des membres supérieurs ;
- De la répétitivité ;
- Des postures de travail ;
- Des manutentions ;
- ….
Bien évidemment, toutes ces contraintes locales se cumulent participent à la pénibilité du poste. Cependant, au niveau physiologique, leur sommation (afin d’obtenir une mesure globale) n’est scientifiquement pas possible. En effet, cela reviendrait à comparer des contraintes de nature différente, comme par exemple une manutention de 10 mètres avec un objet lourd et une posture bras au dessus du cœur.
Dans le domaine de la santé au travail, il existe deux types d’affections :
- Les affections chroniques sont les conséquences d’exposition répétées à une contrainte ;
- Les affections aigues sont les conséquences d’une exposition intense.
Ainsi, par exemple, une personne peut se faire mal au dos en effectuant :
- Une seule manutention d’un objet très lourd ; l’effort à fournir étant si violent qu’il génère un problème de santé (affection aiguë);
- une somme d’activités sollicitantes pour son dos, le faisant alors craquer par « usure » (affection chronique).
Dans ce cadre, la charge de travail doit donc également s’apprécier au travers de l’évolution de l’intensité des contraintes dans le temps.
L’objectif étant bien entendu d’identifier les contraintes les plus intenses pour les supprimer.
La mesure et l’évaluation de l’impact global de la charge physique (cf paragraphe 3) peut être effectuée au travers de la mesure :
- du métabolisme de travail. L’utilisation d’abaques permet ensuite d’évaluer la pénibilité du poste. Cette mesure est toutefois assez complexe à mettre en œuvre et est peu utilisée sur le terrain ;
- de la fréquence cardiaque puisqu’il existe une relation directe entre la fréquence cardiaque et le métabolisme de travail. La mesure de la fréquence cardiaque présente l’avantage d’être plus simple à mettre en œuvre que la mesure du métabolisme.
Dans ce cas l’évaluation se fait via les indicateurs :
-Coût cardiaque relatif (CCR);
- Coût cardiaque absolu (CCA)
- Fréquence cardiaque maxi (Fc Max).

La mesure et l’évaluation de l’impact local de la charge de travail (cf paragraphe 4) s’effectue via des grilles, normes ou abaques qui se focalisent sur une ou plusieurs contraintes spécifiques.
Nous en citerons quelques uns :
- L’évaluation du port de charge maximal journalier (R344 de la CRAM);
- L’évaluation du risque lié à la répétivité (norme EN 1005-5-2003 : appréciation du risque relatif à la manutention répétitive à fréquence élevée)
- L’évaluation posturale (méthode du lest).
Enfin, de nombreux abaques existent pour évaluer les contraintes aigues (cf paragraphe 5).
Nous citerons par exemple :
- la norme NFX 35 106 (limites d’efforts) ;
- la norme NFX 35 109 (limitation des poids unitaires).